Les Judéens et les Ecritures à l’époque de Jésus

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Les Judéens et les Ecritures à l’époque de Jésus

          Pour commencer cette série de vidéos consacrée à l’histoire de la Bible, nous nous intéresserons à la société judéenne à l’époque de Jésus. Deux éléments sont fondamentaux : la situation religieuse et la situation linguistique.

Pour éviter tout anachronisme, il est tout d’abord nécessaire de prendre conscience du bouleversement qui s’est produit en l’an 70 lors de la prise de Jérusalem. Cette date marque un tournant dans l’histoire du Judaïsme puisque le Temple est détruit. Cette destruction va radicalement changer le visage du judaïsme. La principale erreur est  d’oublier cela. En effet la destruction du Temple aboutit progressivement au triomphe du pharisianisme qui débouche sur ce qu’on appelle désormais le judaïsme rabbinique. Aujourd’hui la quasi-totalité des Juifs sont des Juifs rabbiniques.

Mais à l’époque de Jésus et des apôtres, les choses étaient bien différentes. L’unité des Judéens reposait sur trois éléments : la circoncision, la Torah et le Temple. En dehors de cela, les Judéens étaient fractionnés en de nombreux groupes : pharisiens, sadducéens, hérodiens, esséniens, baptistes, sicaires, et bien d’autres Auquel il faut ajouter les Juifs de la diaspora qui pouvaient encore avoir des pratiques religieuses différentes. . Exceptée la Torah commune à tous les Judéens, chaque groupe avait sa propre bible, au sens premier du terme, c’est-à-dire son propre recueil des livres qu’il considérait comme inspirés. Ce qu’on appelle donc improprement le canon juif n’étant en réalité au mieux que le canon pharisien, et rien ne prouve qu’à cette époque les pharisiens aient réussi à imposer leurs vues à l’ensemble de la population. Au contraire nous démontrerons dans un autre article qu’ils en étaient bien loin.

D’un point de vue biblique, l’autorité religieuse officielle était détenue par les prêtres, et à l’époque de Jésus ceux-ci étaient majoritairement sadducéens. Or on sait qu’une des particularités des Sadducéens était de n’admettre comme Ecriture que les Livres de Moise, c’est-à-dire les 5 premiers livres de la Bible et peut-être Job, que la tradition juive attribue à Moise. Cela explique par exemple pourquoi lors de la discussion sur la résurrection (Matthieu 22) Jésus cite un verset de la Torah qui est, avouons-le, peu explicite. Il aurait très bien pu prendre un autre verset de l’Ancien Testament qui affirme bien plus nettement la résurrection, seulement il ne l’a pas fait tout simplement parce que,  ces interlocuteurs, qui étaient Sadducéens, ne reconnaissaient que l’autorité de la Torah et n’acceptaient pas les autres livres de notre Ancien Testament.  A l’inverse les Esséniens et d’autres Judéens avaient certainement un canon plus large que les pharisiens. Dans le Talmud, il est question des  « livres extérieurs », qui correspondent aujourd’hui à ce qu’on appelle couramment les « livres apocryphes ». Il s’agit en fait de livres reconnus comme inspirés par certains Judéens mais refusés par les pharisiens.

La question est maintenant de savoir qu’en était-il pour les disciples ? C’est-à-dire pour les Judéens qui avaient reconnu Jésus comme Messie. A ce propos Jean nous fournit un indice important  :

  « Les pharisiens leur répliquèrent: Est-ce que vous aussi, vous avez été séduits?   Y a-t-il quelqu’un des chefs ou des pharisiens qui ait cru en lui?  Mais cette foule qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits!» Jean 7:47-49

Visiblement on peut donc dire que si les pharisiens étaient minoritaires parmi les Judéens de l’époque, ils l’étaient encore plus parmi les convertis qui étaient principalement des gens du peuple.Dans la suite de son évangile, il nous rapporte d’ailleurs une autre petite anecdote qui montre bien que les disciples de Jésus se souciaient peu des règles pharisiennes.

« Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C’est le Seigneur! Et Simon Pierre, dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer. » Jean 21:7

Pierre était donc tout nu au milieu des autres disciples et visiblement personne n’est dérangé par cela.On pourrait se demander pourquoi Jean prend la peine d’écrire cela.  En réalité il y a a au moins un intérêt celui de nous montrer que les disciples n’étaient absolument pas pharisiens, car une telle attitude est complètement inimaginable pour un pharisien.

Puisque les premiers disciples n’étaient pas pharisiens, il n’y aucune raison de penser que ceux-ci  se soient soumis au canon pharisien. Cela explique  pourquoi on retrouve dans leurs écrits des références à des « Livres extérieurs » , comme L’Assomption de Moise, l’Ascension d’Isaie ou le Livre d’Hénoch.

Nous pouvons donc dire qu’à l’époque de Jésus, le terme d’Ecriture désignait une réalité beaucoup plus complexe qui variait d’un groupe judéen à l’autre

Mais en dehors de cette diversité religieuse, le deuxième point capital à prendre en compte est la situation linguistique. En effet à l’origine, les Ecritures juives ont été écrites en hébreu, seulement à l’époque de Jésus, il n’y avait plus beaucoup de Judéens qui parlaient cette langue. Tandis que la Palestine était dominée par l’araméen, les Judéens de diaspora parlaient grec. Il a donc fallu traduire les Ecritures dans ces deux langues. Ces traductions sont ce qu’on appelle le Targum et la Septante, dont nous reparlerons plus en détails dans nos prochains articles.

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8 réflexions sur “Les Judéens et les Ecritures à l’époque de Jésus

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  3. Je trouve très intéressante la reconstruction du panorama des tendances religieuses en Judée, Galilée etc… au temps de Jésus, mais me demande quelles sont les sources qui permettent d’être aussi affirmatif, et surtout quels sont les éléments probants des doctrines que professaient les pharisiens et tous les autres groupuscules. Quelle était la place des Samaritains, et comment étaient-ils perçus par les autres, avec leur Tanakh atrophié et leur mont Garizim ?
    De toutes façons, après que le voile du temple a été déchiré à la crucifixion, il n’y a plus de sacrificateurs qui tienne, puisque n’importe qui peut voir ce qui se passe dans le Lieu Très Saint, évidemment déserté, puisque c’est Jésus qui devient le seul sacrificateur, de manière définitive. Il a bien fallu que des contorsions ingénieuses justifient la disparition du temple, donc des généalogies, donc des cohanim et des levitim, donc de toute la Loi donnée à Israël, qui ne peut plus être accomplie, à commencer par les expiations de Yom Kippour.

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    • C’est une bonne question. Les sources sont problématiques car comme le dit le dicton, c’est le vainqueur qui écrit l’histoire. Les pharisiens ayant gagnés, il nous reste surtout leur source à eux (la littérature rabbinique). Cela explique l’opinion biaisée qu’on a eu pendant longtemps.

      Néanmoins plus récemment d’autres sources ont pu être mises à jour, notamment grâce aux découvertes de Qumran, mais aussi à la Genizah du Caire, sans oublier nos évangiles. Par ailleurs une lecture plus détaillée de la littérature rabbinique, révèle en réalité les limites de leur domination.

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      • Qu’est-ce qui a été trouvé à Qumran d’autre que les manuscrits classiques, et qui nous renseignerait sur la réalité des interprétations différentes ? Les évangiles, oui, très bien, mais extrêmement succins ; en définitive, personne n’est capable autrement que par extrapolation de dire avec précision quel était l’enseignement des sadducéens, et tous les autres.
        Finalement le biblisme est une discipline extrêmement fructueuse : on peut y hasarder toutes les hypothèses qu’on veut, on trouvera toujours un minuscule détail qui pourra justifier la construction.
        La réalité factuelle est la très grande pénurie de documents, à commencer par les bibliques ; les plus anciens documents sont à peu près du temps de Jésus, ce qui est d’un intérêt probatoire très limité quant à l’ancienneté réelle ; si l’on y rajoute les répétitions, incompréhensibles par moment, les sauts linguistiques, les contradictions internes du texte, comme dans les Proverbes, par exemple, on voit clairement qu’il y a des strates, des périodes de composition parfois très éloignées, et surtout on n’a aucune évidence du canon original réel, à supposer qu’il y en ait eu un.
        Sur la question de la judéité, elle apparaît déjà dans Ezra, où ceux qui ne peuvent pas démontrer leur filiation ne sont pas comptés au nombre des Juifs. De nos jours, il est donc clair qu’il n’y en a aucun, selon ces critères.

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  4. Bonsoir fildeferiste,

    Pour l’enseignement sadducéen on a quand même quelques indications intéressantes venant de leurs adversaires (notamment des controverses rabbiniques). L’ouvrage le plus complet est celui de Le Moyne Les Sadducéens. Il date un peu et serait à corriger sur quelques points mais il rassemble quand même un bon nombre de références.

    Concernant Qumran, je n’y avais pas pensé mais si le sujet t’intéresse, je peux préparer des articles pour la rentrée.

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