Le livre d’Apocalypse 22

Dans cet article, nous proposons un exemple d’interprétation anachronique. Le passage qui nous intéresse est Apocalypse 22 versets 18-19 :

 « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre (biblion) : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre (biblion); et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre (biblion) de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre (biblion). »

Ce verset est régulièrement utilisé pour affirmer qu’il ne faut rien ajouter (ni retrancher) à la Bible. Cette interprétation implique que le livre (to biblion) dont parle Jean est la Bible. Comme nous allons le voir, une telle interprétation est un parfait exemple d’anachronisme.

Cette explication n’est possible que parce qu’aujourd’hui la Bible se présente effectivement comme un livre. Seulement ce que les gens oublient, c’est qu’à l’époque de Jean les choses étaient bien différentes.

Des livres au Livre

A l’origine du mot « Bible », on trouve le terme grec « ta biblia » , « les livres », qui est donc un neutre pluriel qui veut dire « les livres ». Seulement au lieu de le traduire en latin, on a décidé (comme beaucoup de termes théologiques) de la translitérrer. « ta biblia » est donc devenu en latin « Biblia« , qui est cette fois-ci un féminin singulier, qui a ensuite donné « la Bible » en français.  Au point de vue des mots, nous sommes donc passés d’un neutre pluriel à un féminin singulier.

Dans le même temps le support évoluait. Alors qu’à l’époque des apôtres les livres se présentaient sous forme de rouleaux, l’évolution des techniques permet progressivement l’apparition des codex (nos livres actuels). De livres isolés, on passe donc à des livres regroupés sur un seul support.

Ce double changement, à la fois au niveau du support et du vocabulaire, a donc permis de considérer la Bible comme un seul livre. Seulement, cela n’était pas vrai à l’époque des apôtres. Par conséquent, il est totalement impossible que Jean désigne l’ensemble des Ecritures comme un seul livre (to biblion). Ce livre dont il est question, ne peut donc être que l’Apocalypse.

Remarques complémentaires

Par ailleurs interpréter » le livre », comme se référant à la Bible, poserait un certain nombre de problèmes.

Tout d’abord Jean ne donne aucune liste. Comme nous aurons l’occasion de le voir dans notre série consacrée à l’histoire de la Bible, la taille et la composition des Bibles dans l’Antiquité est très variable. Qui a donc ajouté ou retranché des livres ? Pour qu’un telle interprétation soit cohérente, il aurait fallu que Jean fixe une liste qui puisse servir de référence.

Par ailleurs, peu importe la chronologie adoptée (traditionnelle, moderne, etc.), l’Apocalypse de Jean n’est jamais le dernier livre écrit. Si ce verset concernait la Bible, il faudrait donc en déduire que les livres écrits après, ne sont pas inspirés.

L’explication

Pourquoi Jean a-t-il  écrit cela ? En réalité, l’explication est très simple. Si Jean termine son livre avec cette malédiction, c’est tout simplement qu’il veut dissuader les faussaires de modifier son livre . En effet dès les temps apostoliques, des personnes faisaient circuler des fausses lettres ou alors des vrais écrits modifiés. Le cas le plus célèbre est bien sur celui de Marcion, dénoncé par Tertullien ou Irénée.

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5 réflexions sur “Le livre d’Apocalypse 22

  1. Pingback: L’interprétation anachronique | Philochristos

  2. Bonsoir David,
    En accord avec ce que tu dis.
    Pour le jugement prononcé sur celui qui ajouterait ou retrancherait quelque chose de cette révélation, je pense que ce ne sont pas des paroles en l’air.
    Merci pour ce partage et bonne continuation.

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  3. L’anachronisme est d’autant plus grand que le livre de l’Apocalypse a été incorporé au « canon » assez tardivement, plusieurs siècles après avoir été écrit…

    Les églises des premiers siècles n’avaient pas un livre unique comme nous le voyons aujourd’hui, mais différents écrits qui, pour certains d’entre eux, n’ont pas été incorporés plus tard dans le « canon » (comme le pasteur d’Hermas et le livre d’Hénoc, par exemple).

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    • Tout à fait. Notons que certaines églises ne l’ont incorporé que très tardivement (Xe siècle), voir même pas du tout.

      A l’occasion je ferai une série d’articles sur la question du canon.

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