La signification de Babylone

A la fin de sa première épitre, l’apôtre Pierre termine en présentant les salutations de l’Eglise de Babylone :

  « L’Eglise des élus qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils. » 1 Pierre 5:13

Quelle est cette ville que Pierre appelle « Babylone » ? La plupart des commentateurs, y voient Rome. Pourtant cette hypothèse, n’est pas forcément la plus probable. Dans cet article, nous proposons d’examiner les 4 possibilités qui se divisent en deux catégories : littérales et allégoriques.

Commençons d’abord par le sens littéral. Si on admet que Babylone est bien à prendre au sens littéral deux villes peuvent correspondre :

Babylone de Mésopotamie

Cette ville est bien sur la Babylone la plus connue. Capitale de Nabuchadonosor, c’est elle dont il est constamment question dans l’Ancien Testament. Depuis l’exil, il existait une importante communauté judéenne. Même si les prophètes avaient appelé au retour en Terre d’Israel, beaucoup de Judéens étaient restés sur place. A l’époque de Jésus, on estime qu’il y avait à peu près 1 à 2M de Judéens dans l’empire iranien. Après la destruction du Temple, cette communauté jouera un rôle majeur dans la formation du judaisme, comme en témoigne l’ouvrage qui porte son nom : Le Talmud de Babylone, qui reste le livre de référence dans le judaisme rabbinique actuel puisque c’est lui qui est étudié aujourd’hui dans les yeshivot (plus que le Talmud de Jérusalem).

Cependant cette ville est très loin de Jérusalem, et on voit mal ce que Pierre ferait là bas.

Babylone d’Egypte

La deuxième possibilité est que Babylone, désigne ici, la Babylone d’Egypte. Bien moins connue, il existe pourtant une colonie judéenne en Egypte qui porte le nom de Babylone. Elle se situe sur le site actuel du Caire. Cette opinion est surtout défendue par l’Eglise copte pour soutenir l’origine apostolique de sa fondation : d’après la tradition copte, Marc, « le fils » de Pierre, est le premier évêque d’Alexandrie.

Une deuxième  option est d’interpréter Babylone au sens allégorique. Dans ce cas, nous avons encore deux possibilités

Rome

Ne le cachons pas, c’est l’hypothèse majoritairement admise par les commentateurs. Certains (Mac Arthur par exemple) l’affirment  même comme un fait. Par ailleurs les théologiens catholiques y voient une preuve biblique que Pierre a bel et bien été à Rome. Sans nier la venue historique de Pierre à Rome, il semble pourtant que cette hypothèse soit peu solide. En effet l’argument biblique principal vient de la comparaison avec l’Apocalypse. Babylone, dans l’Apocalypse, serait la Rome païenne qui va être jugée.

Jérusalem

Une autre possibilité est de considérer que « Babylone » désigne ici Jérusalem. C’est l’hypothèse qui nous semble la plus probable. Pour appuyer cette idée, deux arguments principaux : le premier tiré de l’épitre elle-même, le deuxième du parallèle avec Apocalypse.

Erezt Israel et Houtz la-Aretz

La première chose à se rappeler pour étudier  l’épitre est, que même si celle-ci a été écrite en grec, c’est un hébreu qui a écrit. Derrière les mots grecs se cachent donc des notions hébraiques.

Au premier verset, nous voyons un petit détail auquel nous ne faisons souvent pas attention :

« Pierre, apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, »

Le fait que l’apôtre emploie le terme  « dispersés » ne veut pas dire grand-chose pour nous. On pense simplement à des gens qui sont repartis un peu partout. En réalité derrière ce terme grec se cache une notion fondamentale de la pensée hébraique, la distinction entre « Eretz Israel » et « Houtz la-Aretz », c’est-à-dire, la distinction entre les Judéens qui vivent en Terre d’Israel (Eretz Israel) et ceux qui vivent à l’extérieur (Houtz la-Aretz). Le fait que Pierre emploie ce terme invite donc à penser que par opposition aux « dispersés », lui-même se trouve en Terre d’Israel.

Cette hypothèse peut être appuyée par un parallélisme. En effet si on compare les différentes introductions des épitres, on remarque que celle-ci qui ressemble le plus à cette Première épitre de Pierre, est l’Epitre de Jacques :

«  Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dans la dispersion, salut! »

Là encore nous retrouvons cette idée de « dispersion », qui renvoie au concept Eretz Israel/ Houtz la-Aretz. Or pour l’épitre de Jacques, il n’y a aucun doute sur son lieu d’origine : Jacques était  le responsable de l’Eglise de Jérusalem (Actes 15 / Actes 21) et on n’a aucun témoignage historique du fait qu’il aurait quitté la ville, bien au contraire, Flavius Josèphe rapporte qu’il est mort à Jérusalem.

Un deuxième argument qui appuie l’identification de « Babylone »  à Jérusalem est l’Apocalypse. Ceux qui identifient Babylone à Rome, se servent souvent de l’Apocalypse pour appuyer leurs propos, en disant que puisque Rome est appelée Babylone dans l’Apocalypse, Pierre doit faire de même. Au contraire, nous pensons que la Babylone de l’Apocalypse, n’est pas Rome mais Jérusalem. C’est ce que nous expliquerons dans le prochain article.

 Question au lecteur

Et vous qu’en pensez vous ? Plutôt sens littéral (Babylone de Mésopotamie ou Babylone d’Egypte) ou allégorique (Rome ou Jérusalem) ? Quelle hypothèse vous semble la plus probable ? Une autre peut-être qui n’aurait pas été mentionnée ?

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7 réflexions sur “La signification de Babylone

  1. Salut,
    une chose est sûre , c’est que la Babylone de l’Apocalypse ne peut être la Jérusalem terrestre (que ce soit à l’époque des apôtres ou la notre) puisque qu’elle (Babylone) est décrite comme une grande puissance religieuse & economique.
    D’ailleurs Jésuralem n’est pas une grande ville.
    Si elle est décrite comme une ville, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une ville particulière, ou alors ce serait une ville qui represente et symbolise quelque chose de plus grand , comme un système ou une grande puissance.
    Les Etats-Unis seraient un candidat plus crédible que Jérusalem. Bien sûr les Etats-Unis n’existaient pas à l’époque …
    Je pense que Babylone est une puissance spirituelle qui se manifeste dans le temporel au fil de l’histoire dans une forme puis une autre. Déja au temps de Babel (Genèse 11) , l’Egypte , la Babylone de Nabuchaddnezzar , la Jérusalem religieuse et apostate qui a persécuté les prophètes , etc…
    En conclusion de ces réflèxions , il se peut que la Babylone de l’Apocalypse est représentée de nos jours (et depuis fort longtemps), par la Chrétienté qui s’est détournée/se détourne de Dieu instituée en grande puissance établie. Je pense aussi que Rome en fait partie, de même que les autres religions et nations chrétiennes qui sont loin de la Vérité, corrompues par le pouvoir l’argent et le péché.

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    • Merci pour ton retour , a mon sens il s’agit bien de la Jerusalem terrestre mais je présenterai les arguments dans le prochain article 🙂 et sinon pour la Babylone de l’épître, tu as un avis ?

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  2. Je viens de découvrir ton site, c’est génial ce que tu fais 🙂
    J’ai hâte de découvrir ton prochaine article et de savoir ce que tu penses sur la Babylone de l’Apocalypse!

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  3. Pingback: « Sortez de Babylone mon peuple » | Philochristos

  4. Pingback: Happy end : Une vision renouvelée de la « fin du monde  | «Philochristos

  5. La « Babylone » de l’Apocalypse doit être pris dans un sens allégorique à mon sens. Déjà parce qu’aux temps apostoliques, la ville de Babylone n’avait plus le lustre d’antan. elle n’évoquait plus un lieu de pouvoir et d’autorité. Le nom de Babylone (Babel, en araméen) signifie « la porte ». Cette porte était celle des nations pour les Hébreux déportés au VIème siècle av. JC. Ensuite, c’est une porte d’accès religieuse pour le judaïsme implanté sur-place vis-à-vis des païens du Moyen-Orient. Mais c’est aussi la porte ouverte au danger de l’assimilation et du syncrétisme. La Babylone apocalyptique nous parle prophétiquement de la tentation de la conformation à ce monde corrompu qui n’aspire qu’à la consommation, aux plaisirs et à l’argent gagné sans effort. Cette Babylone a un aspect religieux, duquel elle se sert pour captiver les âmes, avec l’aide de la grande prostituée.
    La ville aux sept collines est identifiée facilement à Rome. Mais j’attire l’attention sur le fait que Byzance a été reconstruite par Constantin sur le modèle de Rome avec sept collines artificielles entre autres… Or on sait l’influence que Constantinople va exercer sur le christianisme un peu plus de deux siècles après la révélation donnée à Jean !

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