Histoire du mariage : de l’institution divine au contrat civil

Version vidéo

Version écrite

 Pour débuter cette série, il me parait tout d’abord intéressant de retracer l’histoire du mariage. Loin d’être une institution fixe, celui-ci a au contraire évolué dans le temps, pour enfin parvenir à ce qu’il est aujourd’hui.

 Les temps bibliques : institution divine et législation humaine

L’institution du mariage se fait dès les premiers chapitres de la Genèse, juste après la création de l’homme :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » (Genèse 2 : 24)

Ce verset est à la fois complet et très simple. Le mariage, qui n’est pas nommé, procède de la séparation du foyer parental et de l’union avec un autre individu de sexe opposé. Union qui fondera un nouveau foyer.

Aucune autre règle précise n’est transmise : ni présence d’une tierce personne, ni cérémonie officielle ou bénédiction particulière. Enfin dernier détail important : l’homme est actif dans la démarche, c’est lui qui quitte « son père et sa mère », sans qu’il ne soit dit mot du rôle des parents dans le choix du conjoint.

Dans un prochain article, nous nous intéresserons plus en détail aux pratiques du mariage dans la Bible. Pour faire la transition avec la partie qui suit, retenons simplement deux choses : chez les patriarches c’est avant tout une affaire de famille et la loi mosaïque est le premier signe d’une législation humaine sur le mariage, puisqu’elle autorise le divorce, en contradiction avec le commandement divin de l’indissolubilité.

 «  Jésus leur dit: C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a donné ce précepte.   Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme;    c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme,   et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair.   Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.  Lorsqu’ils furent dans la maison, les disciples l’interrogèrent encore là-dessus.   Il leur dit: Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard;    et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère. »

Le mariage dans l’Antiquité : une affaire privée

Comme au temps des patriarches, le mariage dans la Rome antique était une affaire privée qui concernait les familles. A l’époque de Jésus, l’empire romain s’étendait sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Mais cette unité politique ne signifiait pas nécessairement une unité absolue. Si le droit romain s’imposait dans certains domaines, dans d’autres,  et notamment pour la question du mariage, les Romains laissaient subsister le droit et les coutumes locales.

Le mariage hellénique est un mariage privé, qui se gère sans intervention des pouvoirs publics (Cité ou religion civique). On fait appel à une entremetteuse. Un engagement est passé entre le jeune homme et le tuteur de la jeune femme. On  remet ensuite la femme à son mari. Cela est souvent accompagné de rituels religieux : sacrifice d’une mèche de cheveux ou de jouets aux déesses vierges. Bain, sacrifices et repas au cours duquel la jeune épouse est remise à son mari. La soirée se termine avec une procession grivoise vers la chambre nuptiale. Les festivités se poursuivent souvent les jours suivants.

On retrouve ces pratiques à Rome. Ce qu’il est important de retenir, c’est que le mariage se fait par consentement. C’est le consentement des deux époux qui valide officiellement le mariage. Les cérémonies et les coutumes font parties des traditions mais sont juridiquement optionnelles. Par ailleurs aucun représentant de l’Etat n’est requis. L’affaire est conclue entre deux familles et reste dans la sphère privée (même si des manifestations, et notamment la procession, peuvent se faire sur la voie publique).

La cléricalisation progressive du mariage

Le christianisme apparaît au sein de l’empire romain. Dans un premier temps, les chrétiens ne vont pas chercher à se démarquer des pratiques de leur époque. C’est donc tout naturellement qu’ils reprendront les pratiques romaines en supprimant simplement ce qui est le plus païen et le plus grossier (sacrifices aux divinités, chants grivois, etc.)

Pour les Romains, seul le consentement des époux comptait. C’est aussi l’avis des Pères latins (Ambroise de Milan). Alors que les cérémonies se développent progressivement et qu’on voit apparaître des rituels de plus en plus sophistiqués, le pape Nicolas Ier, dans sa Lettre aux Bulgares (IXe siècle), tout en encourageant la publicité du mariage et son officialisation devant l’Eglise, rappelle que le consentement des deux époux suffit à valider le mariage.

Il n’y a donc besoin ni de prêtres, ni d’une quelconque cérémonie.

Distinguons cependant l’Eglise occidentale et l’Eglise orientale. En Orient, la Novelle 89 de Léon le Sage (866-912) fait de la bénédiction une condition nécessaire de la validité du mariage. Le prêtre est ministre du sacrement. Cela est encore vrai aujourd’hui pour les Eglises orthodoxes de tradition byzantine (contrairement à l’Eglise romaine).

En Occident, les choses évoluent au Bas Moyen Age. Plusieurs conciles médiévaux avaient déjà encouragé le mariage public à l’église pour lutter contre l’inceste. Dans son canon 51, le concile de Latran interdit « le mariage clandestin » pour le même motif.

Cette prise de contrôle du mariage par l’Eglise, trouve son aboutissement au concile de Trente avec le décret Tametsi.

Nous voyons donc qu’au cours de cette période le mariage s’est cléricalisé : passant de la sphère privée (domaine familiale) à la sphère publique (contrôle ecclésiale).

Sécularisation et mise sous tutelle étatique

Dès la fin du Moyen Age s’amorce un processus général de sécularisation. Le pouvoir de l’Eglise sur la société recule progressivement au profit de l’Etat. Cette sécularisation n’est pas l’œuvre de la Révolution française. Au contraire celle-ci n’en n’est que la conséquence et l’aboutissement. Cette lutte de pouvoir, qui concerne tous les domaines, aura un impact direct sur le mariage.

Puisque l’Eglise avait pris le contrôle du mariage, et que celle-ci se retrouve peu à peu remplacée par l’Etat, c’est donc tout naturellement que celui-ci, finit par mettre la main sur le mariage. Sans fournir une liste exhaustive, retenons simplement que ce processus trouve sa conclusion dans le code civil de 1804 :

Le mariage est désormais un acte laïcisé : « célébré publiquement devant l’officier civil du domicile de l’une des deux parties » (art. 165)  et « l’acte de célébration inscrit sur les registres de l’état civil » en est la seule preuve (art. 194). L’article 54, impose que le mariage civil précède le mariage religieux, qui n’avait plus de caractère officiel. L’article 144 fixe comme limite d’âge 18 ans pour les garçons et 15 ans pour les filles.

L’Etat a remplacé l’Eglise. « L’officier civil » a remplacé le prêtre et le mariage religieux est devenu un contrat civil.

Conclusion

Au cours de cet article, nous avons brièvement retracé l’histoire du mariage. Cela nous a permis de voir comment l’homme s’est progressivement accaparé cette institution divine, pour la transformer en un « contrat civil ».

Même si ce « contrat civil » porte le nom de « mariage », il ne correspond absolument plus au « mariage » défini par Dieu.

A venir

Dans notre prochain article, nous réfléchirons aux conséquences de cela.

Publicités

2 réflexions sur “Histoire du mariage : de l’institution divine au contrat civil

  1. Pingback: Le mariage : lien divin ou contrat civil ? | Philochristos

  2. Pingback: Sommaire : Le mariage chrétien | Philochristos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s