Une burqa chez les chrétiens ?

Dans la dernière chronique d’Andrea de Filippi, il était question de burqa et de talibans. Aujourd’hui on associe instinctivement voile intégral et islam, mais qui se souvient que plusieurs siècles avant la naissance de Muhammad, certains chrétiens rêvaient déjà de voir des femmes, des chrétiennes, en burqa ? Voici un petit extrait d’un livre de Tertullien (1) (Du voile des vierges, XVII) :

«Les femmes de l’Arabie, toutes païennes qu’elles sont, vous serviront de juges (2); elles qui, non contentes de se voiler la tête, se couvrent aussi le visage tout entier, de sorte que, ne laissant d’ouverture que pour un œil, elles aiment mieux renoncer à la moitié de la lumière, que de prostituer leur visage tout entier. Là, une femme aime mieux voir que d’être vue. Voilà pourquoi une reine de Rome les déclarait très-malheureuses, de pouvoir aimer plus qu’elles ne peuvent être aimées, quoiqu’il soit permis de dire qu’elles sont heureuses, en ce qu’elles sont exemptes d’un autre malheur plus commun, parce que les femmes d’ordinaire peuvent être aimées plus qu’elles ne sont capables d’aimer. La modestie, imposée par cette discipline païenne, est plus pure, et pour ainsi dire, plus barbare que la nôtre. »

Deux informations intéressantes peuvent être relevées : d’une part, le voile intégral n’a pas été inventé avec l’islam, c’est en fait une coutume tribale de l’Arabie païenne (de même que La Kaaba était un ancien lieu de pèlerinage païen, reconverti en pèlerinage musulman), d’autre part, nous voyons que certains chrétiens ont toujours été attirés par des «solutions» radicales. Plus récemment, un évêque égyptien avait exhorté les femmes coptes à se vêtir comme les musulmanes. Ce qui n’a pas manqué de soulever la colère des premières.

D’une manière générale, on constate que le rapport au corps a toujours été une question délicate dans le domaine religieux. Ainsi les pharisiens, ou plus exactement leurs descendants, sont même allés jusqu’à interdire la nudité en privée. Les disciples de Jésus étaient de leur coté assez éloignés de ces préoccupations. Certains ayant même quelques tendances naturistes. (Jean 21 verset 7)

Mais revenons à nos vêtements. Cacher toujours plus est-il réellement une solution ? Une règle d’or exige de ne jamais généraliser son propre exemple. Néanmoins je me permets de l’enfreindre pour l’utilité de la démonstration. Je fréquente deux univers très différents : la semaine je suis à l’université et pas n’importe laquelle : Nanterre, haut lieu de l’esprit soixante-huitard, toujours à la pointe du «progressisme» (je reviendrai sur ce terme dans une prochaine chronique). Le dimanche, je fréquente au contraire une assemblée (très) conservatrice, qui recommande notamment le port du voile pour les femmes pendant le culte. Autant vous dire que les tenues sont plutôt sobres (même si un vent d’excentricité souffle depuis quelques temps chez certaines demoiselles).

Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la tentation est beaucoup plus grande dans le second lieu que dans le premier. Pourquoi cela ? Je ne pense pas être un extra-terrestre , en revanche il me semble que nos désirs peuvent être influencés par nos valeurs. En tant que chrétien, j’ai une certaine idée de la femme, du couple, de la sexualité, qui fait que je n’ai pas nécessairement les mêmes attirances qu’un non-chrétien. Ainsi des tenues trop provocantes, bien loin de m’attirer, auront plutôt l’effet inverse. En revanche, certaines tenues beaucoup plus « sobres », pourront facilement devenir un piège.

Faut-il alors s’enfermer dans une fuite en avant et imaginer que ces tenues sobres sont déjà trop provocantes ? Cela ne me semble pas être la solution. Prenons un cas extrême et revenons à notre fameuse burqa : le corps est complètement masqué, nous n’avons plus aucune vision. Oui mais dans le désir, la vision n’est que la première étape, or ce qui compte en définitif, c’est notre imagination. Supprimer la vision, ce n’est pas supprimer l’imagination. Bien au contraire, l’absence de vision laisse libre place à l’imagination. Nous ne voyons rien de la femme qui est en face de nous ? Nous pouvons donc tout imaginer et laisser libre cours à nos fantasmes. Une tenue qui cache, n’est donc pas forcément une tenue qui protège les autres.

Pour conclure, j’aimerais ôter les doutes éventuels : cette chronique n’a pas pour vocation à relancer le nudisme chrétien, ni même à inciter les jeunes filles (ou les moins jeunes) à se balader dans une tenue trop provocante. Au contraire, une tenue décente est toujours recommandée. Il est bon cependant de rappeler que les critères de décence varient fortement d’une culture à l’autre et que dans certaines culturesd se balader les seins nus n’est pas forcément considéré comme indécent.

Toutefois je pense que le vrai problème n’est pas tant dans la tenue que dans le contrôle des pensées. Chaque personne, chaque chrétien doit veiller sur ses propres pensées, car tout peut devenir objet de tentation.

Enfin une dernière remarque : cette chronique a été écrite d’un point de vue masculin, j’ai donc parlé du regard de l’homme sur la femme, mais je pense que c’est tout aussi vrai dans l’autre sens.

Notes

(1) Premier écrivain latin chrétien, il vécut à Carthage à la fin du 2ème et au début du 3ème siècle.
(2) : L’auteur s’adresse aux chrétiennes qui refusent de porter le voile.

Source :
http://actualitechretienne.wordpress.com/2013/08/13/david-vincent-une-burqa-chez-les-chretiens/

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Une réflexion sur “Une burqa chez les chrétiens ?

  1. Bonjour ! Merci pour cette découverte, de prime abord choquante évidemment.

    Mais cela m’a donné envie de lire le contexte et toute cette tirade « pour le voile des vierges » est en réalité passionnante, elle nous apprend énormément de chose sur la vie de l’Eglise en ce temps-là, et la considération qu’avaient les chrétiens de cette époque pour la question du voile !

    Le voile était compris comme devant être porté tout le temps, pour des motifs de pudeur, mais c’étaient les femmes mariées qui en faisait usage, mais encore d’une région à l’autre les pratiques différaient.
    L’auteur plaide ici pour que les jeunes filles l’utilisent aussi.

    Il parle d’un voile qui couvre tous les cheveux et les épaules, en réactions à certaines femmes qui n’emploie qu’une petite coiffe ou un bonnet, insuffisant selon lui. Et il parle aussi de celles qui se contentent de se couvrir « durant la prière » … !

    Il n’y a rien de nouveau sous le soleil 😉

    Je me suis délectée, merci 🙂

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