L’Evangile, l’indécence et l’importance des différences culturelles

Nos habitudes, notre façon de penser, nos goûts… nous paraissent si évidents qu’il est bien souvent très difficile de concevoir que beaucoup de ces choses ne sont pas naturelles mais culturelles.

Dans cette chronique, j’aimerais notamment rebondir sur le commentaire d’une lectrice d’Actu-Chretienne.Net qui évoquait le cas de missionnaires coloniaux confrontés à des Africaines aux seins nus, en élargissant un peu le débat pour évoquer le rapport entre l’Evangile et notre culture.

L’influence de la culture

Jusqu’où peut aller l’influence culturelle ? Prenons un cas extrême, l’attirance physique. A priori quoi de plus éloigner de la culture ? N’est-ce pas un désir naturel ? On pourrait penser que notre environnement culturel ne joue aucun rôle dans ce domaine, et pourtant, en observant d’un peu plus près (ou d’un peu plus loin), on s’aperçoit que même les canons de beauté dépendent fortement du milieu dans lequel nous vivons et peuvent être influencés (inconsciemment) par des critères pour le moins inattendus.

Prenons par exemple le bronzage. A l’époque moderne, la pâleur était valorisée et il était très mal vu d’être bronzé. A contrario, aujourd’hui, le teint pâle est déconsidéré et le bronzage est perçu comme un atout esthétique. D’où vient cette différence ? Tout simplement d’un changement de raisonnement : à l’époque moderne, ceux qui étaient bronzés, c’étaient ceux qui travaillaient toute la journée dans les champs, c’est à dire les paysans. La noblesse pour se démarquer d’eux, se préservait du soleil. Aujourd’hui, les bronzés, ce sont ceux qui peuvent partir en vacances au soleil, donc les riches, tandis que les ouvriers qui travaillent dans les usines toute la journée ne peuvent pas profiter du soleil et sont donc plus pâles. A l’époque moderne, le bronzage était associé à la pauvreté, tandis que de nos jours il est associé à la richesse. Cette évolution dans l’échelle sociale s’est directement répercutée dans les goûts esthétiques de la population.

Un tel changement, sur une si courte échelle de temps (200-300 ans), laisse entrevoir les différences bien plus importantes qui peuvent exister entre les différentes civilisations.

Revenons à notre question de femmes aux seins nus. Ces missionnaires avaient-ils raison de juger ce comportement indécent ? Il est évident qu’en Europe, une femme qui se baladerait les seins nus, serait aujourd’hui jugée indécente. Pourquoi ? Parce que les seins ont été érotisés et attirent le désir sexuel des hommes. Mais même si cela est de nos jours assez général, cela n’a rien de naturel et il peut encore exister des sociétés où les seins ne suscitent pas forcément un attrait sexuel. A ce moment là, il n’y a rien d’indécent pour une femme de se balader les seins nus. Bien évidemment, si ces femmes viennent visiter nos contrées, il est normal qu’elles adaptent leurs tenues. En revanche, il n’y a aucune raison d’imposer nos pratiques vestimentaires, liées à notre mentalité, lorsqu’elles sont chez elles.

Les exemples bibliques

Venons en maintenant à une question de fond : comment la Bible peut-elle nous guider sur ces questions ? Je pense qu’il faut distinguer deux choses : les principes généraux et les exemples. La Bible contient un certain nombre de principes généraux qui sont valables universellement et elle nous propose aussi des exemples d’applications. Cependant il me semble important de faire la distinction entre les deux. En effet, chaque exemple est l’adaptation d’un principe général à une culture particulière. Nos cultures actuelles étant (très) différentes de celles de l’époque biblique, l’application ne sera pas forcément identique.

Prenons un cas concret : l’établissement d’un accord

«Abraham dit à son serviteur, le plus ancien de sa maison, l’intendant de tous ses biens: Mets, je te prie, ta main sous ma cuisse; et je te ferai jurer par l’Eternel, le Dieu du ciel et le Dieu de la terre, de ne pas prendre pour mon fils une femme parmi les filles des Cananéens au milieu desquels j’habite, mais d’aller dans mon pays et dans ma patrie prendre une femme pour mon fils Isaac» (Genèse 24)

La Bible insiste sur la nécessité d’être fidèle à sa parole. Pour s’assurer de cette fidélité, Abraham demande à son serviteur de jurer en «mettant sa main sous sa cuisse». Cette expression est en fait un euphémisme qui, dans la langue hébraïque, désigne les parties génitales. Pour l’époque cette pratique n’avait rien de choquant (et on la retrouve à plusieurs reprises dans la Bible). Mais de nos jours, il serait bien indécent que quelqu’un vous propose un tel acte. On privilégiera plutôt un stylo et un papier pour établir un contrat.

De la même façon, dans l’Antiquité, les chrétiens avaient l’habitude de se faire baptiser tout nu sans que cela ne soit considéré comme choquant. Evidemment, un pasteur qui voudrait aujourd’hui rétablir cette pratique serait regardé assez bizarrement.

Tout est beau ?

Pour terminer cette réflexion, il convient de nuancer le propos. S’il est important de distinguer ce qui résulte vraiment de l’Evangile et ce qui vient de notre culture, il ne faudrait pas non plus penser que toutes les pratiques culturelles sont compatibles avec l’Evangile. Certaines peuvent être conservées, certaines peuvent être adaptées, mais d’autres doivent être abandonnées. Cette réalité nous empêche d’ailleurs en tant que chrétiens d’adhérer au relativisme culturel, érigé par certains en dogme absolu.

Source :
http://actualitechretienne.wordpress.com/2013/08/17/david-vincent-levangile-lindecence-et-limportance-des-differences-culturelles/

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Une réflexion sur “L’Evangile, l’indécence et l’importance des différences culturelles

  1. Effectivement, beaucoup de chrétiens semblent faire un amalgame entre les valeurs occidentales (pour simplifier) et les valeurs de Dieu, cela reviendrait à prétendre que seule la notre est valable.
    Je trouve d’autant plus beau de voir que Dieu est un Dieu complexe qui fait face à de nombreuses différences culturelles, temporelles etc. Certes j’imagine que certains aspects, dans toute culture d’ailleurs, sont à retirer.
    Certaines églises en France prétendent par exemple que danser pour louer Dieu n’est pas une bonne chose, mais si l’on observe les églises façon Gospel ou autres, l’implication du corps est importante, c’est leur manière d’exprimer leur joie! Pouvons-nous dire que cela n’est pas une bonne chose? Je ne pense pas. Tout dépend de l’état d’esprit de ces personnes, j’imagine que la messe ne doit pas être un festival. On voit bien ici qu’on ne peut pas généraliser.

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