Progressistes et réactionnaires face à l’avortement

Dans un débat, les mots eux-mêmes sont tout un enjeu. Inconsciemment le vocabulaire influence notre façon de penser.

Aujourd’hui, lorsqu’il est question de l’avortement, les médias ont imposé le terme de « progressistes » pour désigner ceux qui sont favorables au « droit » à l’avortement et celui de « réactionnaires » pour qualifier les opposants. Mais un chrétien peut-il accepter cela ? Examinons d’un peu plus près ces termes.

Le sens des termes

Cette façon de qualifier les individus sous-entend l’idée suivante : l’histoire générale de l’humanité va dans le sens du progrès. Toutefois il y a deux types de personnes : ceux qui favorisent ce progrès (« les progressistes ») et ceux qui le freinent (« les réactionnaires »). Le fait d’utiliser le terme de « progressistes » pour qualifier les partisans de l’avortement, implique donc que l’avortement serait un progrès.

Evidemment avec une telle définition, nous voyons que le chrétien ne peut pas accepter ces termes. Si nous nous opposons à l’avortement, c’est justement parce que nous considérons que ce n’est pas un progrès. Au contraire le vrai progrès serait que la société reconnaisse que dès sa conception, le futur bébé est bien un être humain qui a droit à la vie.

Mais si chaque camp revendique vouloir tendre vers le progrès, peut-on définir objectivement qui est progressiste et qui est réactionnaire ? Je pense que oui, et pour cela il faut étudier l’évolution globale de l’histoire et voir dans quel sens va le progrès.

Le bébé, un être humain ?

Le fait que le débat actuel concerne le fœtus, prouve bien que tout le monde admet que le bébé, dès sa naissance, est un être humain à part entière. Mais ce qui est aujourd’hui une évidence pour nous, était loin de l’être dans l’Antiquité. Dans la société romaine, on recourrait souvent à «l’exposition» (c’est-à-dire l’abandon des bébés dans la rue), pratique à laquelle les premiers chrétiens se sont opposés.

Cette pratique finit par disparaître de la société romaine. Mais il n’y a encore pas si longtemps, la situation des petits enfants était loin d’être idéale. Sous l’Ancien Régime, on ne s’occupait pas vraiment des enfants avant l’âge de 4-5 ans. Pourquoi ? Tout simplement à cause du taux de mortalité infantile. Comme beaucoup d’enfants mourraient en bas âge (avant 4-5 ans), les parents ne voulaient pas s’attacher à leurs enfants qui risquaient de mourir. Ils attendaient que les enfants aient dépassé «l’âge critique» au-delà duquel ils étaient assurés qu’ils vivraient longtemps. Evidemment un tel comportement aujourd’hui, serait tout simplement inimaginable et les nouveaux nés sont au centre de toutes les attentions.

L’esclavage

En dehors de l’âge, il existait aussi d’autres raisons pour que des personnes soient exclues de l’humanité et notamment le «statut social». Juridiquement, à Rome, un esclave, n’était pas considéré comme un être humain mais assimilé aux objets. Cela rejetait de fait une bonne partie des êtres humains hors de l’humanité. L’esclavage disparaîtra progressivement au cours de l’histoire. Il sera tout d’abord réduit, avant d’être banni au sein de chaque peuple. On ne prendra plus des gens de son propre peuple comme esclaves, mais des gens d’autres peuples. Enfin il sera complètement supprimé. En France, cette suppression est intervenue au 19ème siècle. Aujourd’hui l’esclavage est moralement réprouvé par l’opinion commune, même s’il peut encore exister sous certaines formes.

La race

A l’époque moderne, l’esclavage (15ème-18ème siècles) se justifiait par une disparité des races. Alors que la Bible affirme l’unité de la création humaine, des théories anciennes et modernes postulent au contraire une multiplicité des races, qui ne seraient pas toutes égales entre elles. Celles qui sont plus proches des animaux, peuvent être traitées comme des animaux. Mais là encore, aujourd’hui, les scientifiques et l’opinion commune ont fini par se rallier au point de vue biblique.

L’évolution globale

Nous avons vu qu’au cours de l’histoire, beaucoup d’êtres humains n’étaient pas reconnus comme tel, mais au contraire, considérés comme des sous-hommes pour différentes raisons.

Cette histoire est loin d’être linéaire, il y a des hauts et des bas, mais si on trace un mouvement d’ensemble, il est incontestable que depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, la conception commune de l’être humain s’est rapprochée de la conception chrétienne.

Pour en revenir à la question de départ, je pense qu’on peut donc dire que les progressistes sont ceux qui veulent prolonger et poursuivre ce mouvement, dont la prochaine étape est la pleine reconnaissance du fœtus comme être humain. A l’inverse, les réactionnaires sont ceux qui s’opposent à ce mouvement. Refusant d’admettre que le fœtus est déjà un être humain, ils le maintiennent dans un statut de sous-homme.

Quel droit ?

Enfin soulignons que ce débat révèle un problème bien plus grave qui est souvent ignoré. Nous savons que l’Etat français n’accepte pas la mise à mort arbitraire d’êtres humains. Si l’Etat autorise l’avortement, c’est donc qu’il estime que le fœtus, jusqu’à un certain nombre de semaines, n’est pas un être humain. Mais cette limite est totalement arbitraire et ne repose sur aucune donnée scientifique. Elle varie d’ailleurs d’un pays à l’autre. Reconnaître à l’Etat, le droit de légiférer sur cette question, revient finalement à admettre que l’Etat peut définir par la loi qui est un être humain et qui ne l’est pas.

Une telle position pose sans aucun doute un grand problème moral et ouvre la porte à toutes sortes de dérives.

Source :
http://actualitechretienne.wordpress.com/2013/08/24/david-vincent-progressistes-et-reactionnaires-face-a-lavortement/

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