La nature de Jésus à la lumière de la Croix

       Pour compléter l’article précédent sur les deux natures de Jésus, j’aimerais maintenant revenir sur le deuxième argument utilisé par les théologiens pour justifier le fait que Jésus était sur Terre « Homme et  Dieu ».

        J’ai mis cet argument à part car il ne se base pas directement sur  la  Bible, mais plutôt sur une doctrine, « la substitution pénale », que justement je n’accepte  pas (voire ma série « Comprendre la croix »). Pour cet article, je vais toutefois adopter leur point de vue et admettre la substitution pénale.

        Après avoir expliqué l’argument, j’expliciterai ses contradictions internes, enfin je terminerai en montrant que le sacrifice de Jésus vient au contraire confirmer la pleine et unique humanité de Jésus.

La substitution pénale

        Cet argument est à la fois utilisé par les théologiens catholiques et les théologiens protestants, mais d’une manière légèrement différente. Pour la position protestante, on pourra se référer au livre de John Stott La croix de Jésus-Christ, qui expose celle-ci de manière très claire. Je vais maintenant exposer la position catholique qui a l’avantage d’émaner d’une autorité unique. Cette position se trouve résumée dans le Catéchisme de Saint-Pie X :

 Question 103. : Que fit Jésus-Christ sur la Croix?
Réponse : Jésus-Christ sur la Croix pria pour ses ennemis; donna pour mère, au disciple saint Jean et — en sa personne — à nous tous, sa propre Mère la très Sainte Vierge; offrit sa mort en sacrifice et satisfit à la justice de Dieu pour les péchés des hommes.

Question 104 : N’aurait-il pas suffi qu’un ange vînt satisfaire pour nous?
Réponse : Non, il n’aurait pas suffi qu’un ange vînt satisfaire pour nous, parce que l’offense faite à Dieu par le péché était, à un certain point de vue, infinie, et il fallait pour la réparer une personne d’un mérite infini.

Question 105 : Pour satisfaire à la divine justice était-il nécessaire que Jésus-Christ fût Dieu et homme tout ensemble?
Réponse : Oui, il fallait que Jésus-Christ fût homme pour pouvoir souffrir et mourir, et il fallait qu’il fût Dieu pour que ses souffrances eussent une valeur infinie.

Question 106 : Pourquoi était-il nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie?
Réponse : Il était nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie, parce que la majesté de Dieu, offensée par le péché, est infinie. 

Résumé de l’argument et contradictions

         Le raisonnement est le suivant : la gravité de l’offense dépend du statut de l’offenseur et de l’offensé. Or puisque l’offensé est Dieu Lui-même, la gravité de l’offense est infinie. Un sacrifice humain ou angélique n’est donc pas suffisant pour payer l’offense, seul le sacrifice du Fils de Dieu en personne le pouvait.

 Toutefois cet argument ne serait valable que si la nature divine avait explicitement participé à ce sacrifice, mais précisément ce n’est pas le cas puisque le même catéchisme affirme :

 Question 98 : Jésus-Christ a-t-il souffert comme Dieu ou comme homme?
Réponse : Jésus-Christ a souffert comme homme seulement, parce que comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir.

        Il y a donc une première contradiction interne : on estime que la nature divine était nécessaire au paiement de la dette (question/réponse 105), mais en même temps on affirme cette nature divine n’est pas directement impliquée dans ce paiement (question/réponse 98).

 Une deuxième contradiction apparaît avec la confession de foi du concile de Chalcédoine :

«  un seul même Christ, Fils du Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des deux natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt sauvegardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais en un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus-Christ. »

      Cette confession affirme explicitement que les deux natures sont unies dans la personne de Jésus. Par conséquent tout ce que subit Jésus, chacune des deux natures devrait le subir. Comment expliquer alors que seule la nature humaine de Jésus a souffert sur la croix ? En affirmant que seule cette nature a subi la croix, on introduit une division au sein de la personne de Jésus.

 L’humanité de Jésus à travers la croix

       Si les théologiens insistent malgré tout sur le fait que seule l’humanité de Jésus a été impliquée dans le sacrifice de la croix, c’est bien parce que la Bible ne laisse aucun doute à ce sujet. C’est bien en tant qu’homme, et uniquement en tant qu’homme, que Jésus a souffert et est mort sur la croix.

 Examinons tout d’abord le témoignage de l’apôtre Paul :

« Dieu, sans tenir compte des temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils aient à se repentir,  parce qu’il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l’homme qu’il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts … » Actes 17 v30-31

 « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » 1 Timothée 2:5

         Remarquons bien que lorsque Paul parle de Jésus en tant que juge et médiateur, il ne le présente pas comme un «Homme-Dieu ». A la limite, Paul aurait très bien pu se contenter de dire  « Jésus » ou « Jésus-Christ » mais non, il va plus loin, il prend la peine de préciser « homme ». Pourquoi une telle insistance ? Le rôle de Jésus en tant que juge et médiateur dépend directement de sa mission terrestre, or puisqu’il a accompli cette mission en tant qu’homme, c’est bien en tant qu’homme qu’il peut exercer ses fonctions de juge et médiateur.

Cela est encore confirmé par l’apôtre dans son Epitre aux Romains (5 : 15) :

 « Mais il n’en est pas du don gratuit comme de l’offense ; car, si par l’offense d’un seul il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d’un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup. »

 Mais cette vérité est aussi soulignée par l’apôtre Pierre

Le prophète attendu

     Ceux qui ont déjà discuté avec les musulmans savent qu’un de leur verset préféré est Deutéronome 18 verset 15, qu’ils appliquent à Muhammad.

« (NDLR : c’est Moïse qui parle) L’Eternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez ! »

 Mais  l’apôtre Pierre cite cette prophétie et l’applique à Jésus Lui-même :

 « Moïse a dit : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il vous dira,  et quiconque n’écoutera pas ce prophète sera exterminé du milieu du peuple. » Actes 3 : 22-23

Jésus est donc un prophète « comme Moïse », or il est notoire que Moïse n’était pas un « Homme-Dieu », mais un simple homme.

 Cette déclaration de Pierre ne fait que reprendre les propres paroles de Jésus, qui s’était lui-même identifié aux prophètes de l’Ancienne Alliance :

 « Mais il faut que je (= c’est Jésus qui parle) marche aujourd’hui, demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. » Luc 13:33

 Conclusion

         Les apôtres insistent continuellement sur la nature humaine de Jésus, car seule cette nature lui permettait d’accomplir jusqu’au bout sa mission. En effet, si Jésus avait été « Homme-Dieu », il n’aurait jamais pu mourir sur la croix, puisque la nature divine ne peut pas être touchée par la mort.

 « Jésus s’écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. » Luc 23:46

 

 

 

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4 réflexions sur “La nature de Jésus à la lumière de la Croix

  1. Bonjour, David.

    Je veux vous proposer de voir ce problème sous une angle un peu différente.

    Toutes les questions que vous posez dans cet article se lèvent si l’on se rend compte que DIEU EST EN TOUT ET EN TOUS: en vous, en moi, en Jésus. Ce Dieu qui est en nous ne peut ni mourir, ni souffrir.
    C’est notre nature charnelle, humaine qui meure et qui nous fait souffrir à cause de son imperfection. Et c’est également la nature humaine de Jésus qui l’a fait souffrir Lui-aussi.

    La solution du problème consiste donc à nous débarrasser de la nature humaine pour que seule la parfaite nature Divine continue à vivre, sans entraves, ni souffrances.
    Comment? Eh bien, en suivant l’exemple de Jésus.

    Jésus-homme est mort sur la croix pour que le Christ-Dieu puisse résusciter.
    Une fois débarrassé de sa nature humaine, le Christ a retrouvé toute la splendeur de sa nature Divine. C’est ce qu’on appelle « résurrection » ou le royaume de Dieu venu en force.

    Quant à la médiation du Christ, elle consiste à nous désigner la solution du problème du péché – c’est-à-dire, nous conduire sur la croix pour y faire mourir (spirituellement, par la foi) notre nature charnelle (humaine). Et faire résurgir notre nature Divine.
    Tant que la nature humaine prévaut sur la nature Divine, cette dernière ne peut se manifester que d’une manière limitée (au mieux).
    En fait, nous ne souffrons et ne mourons que dans la mesure où nous sommes attachés à notre statut humain.

    D’autre part, la nature Divine est parfaite et libre de tout péché. Donc, la mort spirituelle de la nature humaine représente en même temps l’expiation complète et définitive de tous nos péchés. Parce que celui qui péchait (nature humaine) est mort.
    Le Christ a passé par cette voie, et Il nous invite à faire de même.

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  2. Bonjour David,

    Je ne vais pas argumenter pour défendre ma position (convaincu de la nature divine du Christ), je t’ai déjà donné en privé mes quelques réflexions sur le sujet =).

    Juste une petite question concernant la substitution pénale :
    Est-ce seulement la souffrance qui permet le rachat des pêchés ?

    Personnellement je n’en suis pas certain. Ma conviction est que Jésus devait être de nature divine pour se charger du pêcher de l’humanité, mais que ce n’est pas nécessairement la souffrance qui permet ce rachat, mais bien l’ensemble de sa passion-mort-résurrection (dont la souffrance fait parti, mais pas seulement).

    Bonne journée

    Thibaud

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    • Bonjour Thibaud,

      Dans la logique de la substitution pénale , il me semble que c’est bien la souffrance qui permet le rachat des péchés, mais il faudrait consulter des textes qui développent plus le sujet car le Catéchisme est assez bref.

      Mais sinon à quoi penses-tu d’autres quand tu dis « l’ensemble de sa passion-mort-résurrection » ?

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      • Je suis intimement convaincu quand durant sa Passion, dans sa Mort et dans sa Résurrection, malgré toutes les souffrances physiques (dues à la torture physique) et les souffrance spirituelles (dues au fardeau de l’ensemble des pêchés que Jésus portait sur la Croix) Jésus était profondément heureux. Je ne dis pas qu’il était tout sourire aux lèvres (encore que certaines représentations le représentent sur la croix en train de sourire). Mais je pense qu’il y avait beaucoup de joie à faire ce que le Père voulait, à être dans l’obéissance la plus totale et la plus grande.
        D’ailleurs pour parle souvent de « joie de la croix ».

        Je crois aussi que cet ensemble P-M-R est composé d’amour à l’état pur. Jésus n’avait aucun intérêt à faire ce qu’il a fait, sinon faire la volonté du Père. Je pense même que c’est la preuve la plus grande de sa divinité. Jésus nous a tellement aimé qu’il a donné sa vie pour nous, il a beaucoup souffert et à travers tout cela il était heureux de son don. Je crois que pour aimer autant et ainsi être capable de prendre l’ensemble de la faute de l’humanité (faute infinie) pour se charger du pêché de chaque homme, Jésus devait être pleinement Dieu car la nature humaine est bien trop faible pour un tel poids !

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