Pourquoi suis-je sur cette Terre ?

            J’aimerais aujourd’hui commencer une nouvelle série intitulée « l’histoire du salut ». Une première version avait déjà été publiée sur ce blog l’année dernière, les grandes idées n’ont pas changé, mais j’ai décidé de la ré-écrire pour proposer une version plus complète et plus riche.

          Kant (1) disait qu’il y a trois grandes questions qui déterminent notre existence : Pourquoi suis-je sur cette Terre ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ?

       Le but de cette série est justement de présenter les réponses que le christianisme apporte à ces trois questions. Les  articles qui vont suivre présenteront la spécificité du message chrétien vis-à-vis des autres doctrines religieuses et courants de pensée

 Hasard ou création ?

La réponse à la première question dépend de deux présupposés diamétralement opposés.

         Si on considère que notre existence sur Terre est le fruit du hasard, alors il n’existe  pas de but en soi. En revanche, par notre propre initiative, nous pouvons donner du sens à notre vie en nous fixant différents objectifs. Ces objectifs peuvent être très variables, mais en m’inspirant des classifications de Kierkegaard (2), je pense qu’il est possible de distinguer trois grands types d’hommes :

1) le futile : celui-ci n’a aucun but dans sa vie. Il vit au jour le jour à la recherche des plaisirs immédiats. Il veut faire la fête, s’amuser, profiter du temps présent, sans penser à l’avenir. Il a une vision sur le court terme qui touche le moment immédiat.

2) le bourgeois : il veut réussir sa vie. Cette réussite peut prendre différentes formes en fonction des valeurs personnelles : avoir une famille, de l’argent, faire une grande carrière personnelle. Pour cela, il est prêt à des sacrifices temporaires, par exemple consacrer du temps à ses études ou travailler dur, dans l’espoir d’avoir une récompense dans les années à venir (un travail qui rapporte beaucoup d’argent). Il a une vision sur le moyen terme qui concerne l’ensemble de son existence.

3) l’idéologue : il consacre sa vie à des idées qui dépassent sa simple existence. Son but n’est pas simplement de « réussir sa vie personnelle » mais de faire triompher ses idées, sa vision du monde. Pour cela il est même prêt à sacrifier sa propre vie, au sens figuré, comme au sens propre. Il a une vision sur le long terme qui dépasse sa simple existence.

           A l’inverse, on peut aussi considérer que notre vie sur Terre n’est pas due au hasard, mais à la volonté d’un Etre supérieur, qu’on appelle en général « Dieu ». Dans ce cas notre but n’est plus de donner du sens à notre vie, mais de chercher le but de notre création. Cette volonté permet de distinguer une quatrième catégorie.

4) le religieux : son but n’est plus de se soucier de la vie présente, mais de se préparer à la vie future, celle de l’autre monde. La vie actuelle n’est que passagère et il se sent comme « étranger sur cette Terre ». Sa vision ne concerne plus  le long terme mais l’éternité.

Idéal-type et réalité

            Evidemment ces 4 catégories seraient ce que Max Weber (3)  appelle des « idéaux-types », c’est-à-dire des modèles théoriques qui servent de cadre à la réflexion, tout en sachant que la réalité est toujours plus complexe. Au cours de notre vie, nous pouvons facilement évoluer d’une catégorie à l’autre, et nous ne correspondons pas forcément à une catégorie précise.

         Par ailleurs, il ne faut pas croire que ces 4 catégories constituent une simple échelle de progression hiérarchique, où la première serait totalement à rejeter, tandis que la dernière serait l’idéale.

         En réalité, s’il est vrai qu’un chrétien doit se rapprocher de la quatrième catégorie, un certain équilibre doit être trouvé avec les autres.  Ainsi chez le futile, le désir de vivre l’instant présent rejoint en réalité un précepte évangélique donné par Jésus lui-même :

« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » Matthieu 6 : 34

Simplement le but n’est pas le même.  Ne pas se soucier du lendemain, ne veut pas dire qu’il faille faire n’importe quoi, mais qu’il faut apprendre à se confier en Dieu.

           A l’inverse, un dédain complet du monde, que l’on retrouve dans la catégorie 4,  peut nous faire rater le plan de Dieu. En effet, en ne pensant qu’à notre propre salut, nous ne contribuons pas à la venue du Royaume. Jésus compare le chrétien à du sel :

« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.   Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Matthieu 5 : 13-16

         Or le sel n’est utile que s’il est mélangé à d’autres aliments. Du sel tout seul est immangeable. De la même façon, un chrétien qui se retire complètement du monde devient un ouvrier inutile. Ainsi Jésus n’a jamais dit « Fuyez le monde » mais « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. » (Marc 16:15)

Pourquoi ?

         Toutefois, le fait de savoir que Dieu nous a créés et qu’il a donc un plan pour notre vie, n’est pas suffisant. Encore faut-il savoir quel est ce plan. C’est ce que je vous proposerai de découvrir dans le prochain article

 Notes

(1)  Emmanuel Kant (1724-1804) est un philosophe prussien, grande figure de l’Aufklärung (les « Lumières » allemandes). Il est notamment connu pour ses trois « critiques » : Critique de la raison pure, Critique de la raison pratique et Critique de la faculté de juger

(2)  Soren Kierkegaard (1813-1855), philosophe danois et théologien luthérien, il combattit l’Eglise d’Etat au nom d’une foi individuelle

(3)  Max Weber (1864-1920), sociologue allemand. Il est considéré comme un des fondateurs de la sociologie moderne. Il a notamment écrit L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme

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9 réflexions sur “Pourquoi suis-je sur cette Terre ?

  1. Bonjour !

    Intéressant !
    Je me suis intéressé à Kierkegaard, qui, je crois, appréciait beaucoup Pascal.

    Les quatre stades que tu décris s’inspirent effectivement des trois stades du philosophe danois : esthétique, éthique et religieux.

    Le premier étant le choix de faire de sa vie un « jeu » ; le second, de faire de sa vie un devoir ; et le troisième, le choix du grand plongeon dans « les soixante-dix mille mètres de fond » de la foi en Dieu, stade par lequel l’homme peut enfin trouver la réconciliation avec lui-même.

    A noter encore, sauf erreur de ma part, que ce qui permet de passer du stade de ‘l »esthétique » à un autre stade est le sentiment d’angoisse et de vide. Un sentiment « positif » pour Kierkegaard, qui est, selon lui, la preuve ou l’expression que l’on se trouve dans une situation dite « existentielle ». L’esthète peut choisir de « sauter » pour franchir le stade supérieur. A la condition de ne pas rester sur le seuil au point de refuser de faire le pas que personne d’autre ne peut faire à notre place !

    Sur ce, bon WE !

    Cordialement,

    Pep’s

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  2. Pourquoi je suis sur ce Blog ? 😉

    Salut David,

    Puisque tu as passé un bon moment sur le blog de http://scienceetfoi.com, j’ai parcouru également quelques articles sur ton site.
    Tu abordes de nombreux sujets intéressants avec un angle qui pousse à la réflexion.
    J’attends impatiemment tes articles annoncés sur la trinité !

    Bonne suite à toi et certainement à bientôt.

    Marc.

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  3. Merci pour les références, c’est suite à ces lectures que j’attendais la suite.. Mais prends ton tps.

    J’irai jeter un oeil sur ton 2eme blog.

    Bonne soirée.

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  4. Bonjour David et merci pour tes sujets spirituels qui nous permet de réfléchir à notre condition existentielle. J’ai hâte de te lire sur « le plan de Dieu » car je suis en recherche d’explication sur ce thème depuis quelques années.

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  5. Bonjour David,

    Voilà quelques temps que je n’avais pas lu un de tes articles et quel plaisir, comme à chaque fois, de pouvoir avancer dans mes réflexions grâce à tes articles toujours pertinents !
    Dans ton article, deux sujets m’ont fait réfléchir: la question du hasard et le paragraphe qui s’intéresse à la fuite du monde par le chrétien.

    Concernant le hasard, peut-il vraiment exister de façon « pure » ? Peut-on penser qu’il puisse arriver des événements sans aucune cause antérieure ? Il me semble que le philosophe Boèce en parle en écartant cette possibilité, parlant du hasard comme seulement une conjonction de causes qui amènent à un évènement non prévu (que l’on puisse ou non en comprendre les causes). Mais je ne suis pas tout à fait certain de cela, il ne faut donc pas prendre comme absolue l’affirmation que je viens de faire. Mais même si elle n’est pas tout à fait exacte, je trouve intéressant de se poser cette question lorsqu’on aborde la question du salut (qui va amener je pense à parler de la Providence).

    Deuxièmement, tu soulignes que « De la même façon, un chrétien qui se retire complètement du monde devient un ouvrier inutile ». D’un point de vue personnel, j’aurais tendance à nuancer cela en ne parlant pas d’un chrétien de façon particulière, mais de l’ensemble des chrétiens. En effet, nous ne pouvons, ensemble, nous retirer du monde. Néanmoins, je crois absolument nécessaire que certaines personnes appelés à une mission spéciale se retirent du monde, ou du moins du monde physique, pour porter ce dernier dans une vie de prière contemplative. C’est par exemple le cas des divers courants spirituels tel que le Carmel par exemple ou encore la grande Chartreuse.

    J’espère que ces quelques réflexions vont permettre d’enrichir tes propres réflexions, j’espère avoir la joie prochainement de pouvoir en parler de vive voie avec toi,

    Thibaud

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  6. Salut David !
    Très bon article !
    En effet, notre but sur Terre est d’être un outil pour le plan de Dieu, nous servons à Son dessein.
    Je citerais encore Ecclésiaste 12:13 : »Voici la conclusion de tout ce qui a été dit : respecte Dieu et obéis à ses commandements. Oui, voilà ce que tous les êtres humains doivent faire. ». Voilà notre but : respecter Dieu et obéir à ce qu’Il nous demande, garder Sa parole, Lui faire confiance en tout point de notre vie.
    Sois béni !

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  7. Pingback: Sommaire : Histoire du salut | Philochristos

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